Dr Julia Terlet
Dr Julia Terlet
March 17, 2021 1 min read

RESUME - 5 Stratégies pour des Comportements Environnementaux

Sciences Comportementales Résumé

En rassemblant plus de 80 études issues de publications académiques et de rapports, cette récente étude de Grilli et Curtis analyse un large éventail de comportements environnementaux, de la consommation d'énergie et d'eau en passant par le recyclage et la réduction des déchets.

Alors, qu'est-ce qui fonctionne et qu'est-ce qui ne fonctionne pas ? Voici un résumé pour vous guider dans le choix de votre prochaine intervention.

1. Éducation & Sensibilisation : Utile mais insuffisant

Partant du principe qu’il existe un manque de connaissances à combler chez la plupart des gens, cette approche se base sur la provision d'informations et est souvent l'option par défaut utilisée pour changer les comportements. Elle fait en général partie de la plupart des interventions.

Les + :

• Dire aux gens ce qu'ils doivent faire ou simplement les informer sur les problèmes environnementaux n’est pas suffisant pour encourager des changements de comportement. Cependant, les messages qui réduisent la distance psychologique et mettent en évidence les problèmes environnementaux ayant un impact local fonctionnent mieux.

• Les campagnes d’éducation et de sensibilisation les plus réussies sont celles qui contiennent des informations personnalisées, ou des comparaisons entre le comportement de la population cible et celui d'autres ménages. Ces interventions ont encore plus d’impact lorsqu'elles encouragent la population visée à s’engager (surtout publiquement) afin de poursuivre leurs efforts de conservation.

• Fournir des informations à proximité d'un point ou d'un moment de consommation peut réduire efficacement la consommation de certaines ressources, telles que l'eau et l'énergie. Par exemple, communiquer des astuces facilitant des économies d’eau sur des autocollants à mettre dans les salles de bain peut s’avérer utile.

• De manière générale, les informations environnementales peuvent être accablantes. En plus d’être informée sur le sujet, la population cible doit recevoir le soutien et les ressources nécessaires afin d’agir. Cela permet de réduire les montées d’angoisse et d’éviter la création de sentiments d'impuissance.

Les - :

• Les interventions d'éducation et de sensibilisation sont particulièrement efficaces sur les personnes qui sont déjà motivées et intéressées par l’adoption de comportements environnementaux mais qui manquent d'informations pour agir. Leur impact est plus limité sur le reste de la population.

Taux de réussite (sur base des études examinées) : 66%. Les interventions d'éducation et de sensibilisation ont le taux de réussite le plus faible de toutes les études examinées. Ce type d'intervention est cependant le plus étudié, probablement car il est facile à mettre en œuvre et nécessite peu de ressources.

Grilli et Curtis

2. Activités Communautaires et Renforcement des Liens Sociaux : Complet mais coûteux

Ces interventions visent à sensibiliser à de multiples problèmes environnementaux, tout en créant et renforçant les relations au sein des communautés ou entre les parties prenantes. Elles répondent à de réels problèmes en utilisant une approche applicable et des solutions concrètes. Ces interventions peuvent par exemple comprendre des ateliers, groupes de discussion, formations ou réunions publiques.

Les + :

• Ces interventions sont particulièrement efficaces pour motiver des groupes de comportements environnementaux, associés généralement à des sujets généraux tels que le changement climatique ou l’adoption de modes de vie durables.

• Elles fonctionnent particulièrement bien lorsque leur mise en place se fait parallèlement à la création de partenariats ou au sein de communautés où le sentiment d'appartenance est fort et où les relations intercommunautaires sont solides.

Les - :

• L'établissement de ces relations est difficile et nécessite beaucoup de temps, d’organisation, d'argent et de liaisons communautaires.

• Mesurer leur impact est difficile. Comparer les comportements de la population cible avec ceux d’un groupe de référence, qui ne bénéficiera pas de l’intervention, est une bonne solution mais peut s’avérer difficile à mettre en pratique au sein de d’une communauté.

Taux de réussite : plus de 80%. Ces interventions obtiennent le taux de réussite le plus élevé car, en plus de renforcer le lien social, elles combinent souvent des interventions différentes, telles que l'éducation ou l'influence sociale. Elles sont cependant moins étudiées dans la littérature environnementale.

3. Influence Sociale : Une valeur sûre

Ces interventions informent sur le comportement d'autres personnes, telles que la famille, les amis, ou le reste de la communauté afin de motiver des comportements environnementaux. Cela inclut des campagnes via les réseaux sociaux, des comparaisons sociales ou la prise d’engagement envers quelqu’un.

Les + :

• Ces interventions sont souvent rentables en termes de temps et de coût.

• Elles aident à promouvoir des comportements environnementaux spécifiques et peuvent même influencer les comportements s’effectuant dans la sphère privée (comme la consommation d'eau ou d'énergie).

• Utiliser l’influence sociale, surtout lorsqu’elle s’effectue en face à face plutôt qu’à travers des interactions virtuelles, fonctionne généralement mieux que l’utilisation de comparaisons sociales. Cela inclut des méthodes telles que la prise d’engagement envers un intervenant (surtout lorsque cet engagement est pris publiquement) et la mise en avant stratégique d’individus clés dont la capacité d’influence est importante.

• Cependant, l’utilisation de comparaisons et le rappel de certaines normes sociales restent utiles et peuvent aider à prolonger les effets d’une intervention sur le long terme.

• Pour utiliser l’influence sociale de manière efficace, il est crucial de choisir le bon groupe de référence.

Les - :

• Les effets de ces interventions à long terme est difficile à déterminer car les études de suivi sont souvent difficiles à mettre en œuvre.

Taux de réussite : 78%. Parce qu'elles sont relativement faciles à mettre en œuvre et rentables, ces interventions sont les deuxièmes les plus étudiées dans la littérature. Les études montrent qu'elles fonctionnent mieux que les interventions d'éducation et de sensibilisation.

Le Dr Gianluca Grilli, co-auteur de l’article, nous confie :

“Si l’objectif ultime d’un projet est d’améliorer la qualité de l’environnement, le choix du comportement à changer est très important. De petits changements sur certains comportements clés peuvent être plus bénéfiques que de grandes améliorations de comportements secondaires.”

Grilli et Curtis

4. Nudges : Pas pour tout le monde

Les nudges sont des outils qui changent le contexte d’une décision — ou de l'architecture du choix — pour stimuler un changement de comportement précis. Un nudge peut consister à modifier le choix de produits ou d’actions par défaut et à mettre en avant des options durables.

Les + :

• Les nudges peuvent motiver des changements environnementaux au quotidien. Les changements au niveau infrastructurel, comme rendre les poubelles de recyclage plus visibles ou fournir gratuitement des gobelets réutilisables, sont particulièrement efficaces dans la mise en place de comportements responsables.

• Des petits changements dans l'architecture de choix peuvent parfois suffire à maintenir de nouveaux comportements environnementaux sur le long terme.

Les - :

• Les nudges à caractère financier, tels qu’offrir des produits gratuitement, sont coûteux et les comportements environnementaux qu’ils génèrent ne se maintiennent pas toujours une fois les interventions finies.

• Les nudges ont moins de succès dans les contextes privés où il est difficile de modifier l'architecture du choix. Ils ont par exemple un impact limité sur la gestion des déchets et sur la consommation d'énergie.

• Ces interventions soulèvent aussi des questions éthiques. Les nudges devraient être justifiés par l'urgence de résoudre les problèmes environnementaux, être transparents et compléter plutôt que remplacer les changements institutionnels.

Taux de réussite : 75%. Les nudges basés sur des changements d'infrastructure semblent être efficaces, mais leur utilisation dans le but d’encourager des comportements environnementaux n’a été que très peu étudiée à ce jour.

5. Incitations : En dernier recours

Les incitations à adopter des comportements environnementaux peuvent être monétaires ou non monétaires. Elles peuvent comprendre des bonus financiers, des cadeaux ou des coupons.

Les + :

• Les incitations monétaires et non monétaires ont été utilisées avec succès dans des domaines tels que la réduction des déchets, de l'eau et de l'énergie, mais il n'y a pas de consensus sur laquelle de ces deux approches utiliser.

• Les incitations peuvent être particulièrement utiles pour les autorités locales afin d’associer la promotion de comportements environnementaux à la provision de services publics, tels que le recyclage ou l'utilisation de transports respectueux de l'environnement.

Les - :

• L’effet à long terme des incitations fait débat parmi les scientifiques.

• Ces interventions peuvent être coûteuses à instaurer et il n’existe pas de directives spécifiques concernant leur mise en œuvre.

• Les incitations financières ne stimulent pas la conscience environnementale ou la motivation intrinsèque de la population visée, mais récompensent seulement des actions spécifiques. Cet appel aux intérêts économiques et aux valeurs égoïstes peut, sur le long terme, générer des comportements qui participent à la dégradation de l'environnement.

Taux de réussite : plus de 80%. Ces interventions ont été moins étudiées et, malgré un taux de réussite élevé, ne semblent pas plus efficaces que d’autres interventions. Selon les auteurs, il n'y a aucune raison de les préférer à des méthodes moins coûteuses et tout aussi efficaces.

“Sélectionnez soigneusement les comportements et concentrez-vous sur ceux qui auront un réel impact sur l’environnement.” Dr Gianluca Grilli.

Conseils à mettre en pratique :

  1. Définissez et sélectionnez un comportement clé : Choisissez le comportement qui aura l'impact le plus bénéfique sur l'environnement. Lorsque cela est possible, considérez le problème environnemental à résoudre avant de décider du comportement à changer. N'oubliez pas de considérer les obstacles potentiels aux comportements environnementaux tels que le coût et la commodité avant de concevoir des interventions. Lorsque les barrières sont institutionnelles, changer les comportements au niveau individuel n’est pas la solution.

  2. Adaptez votre intervention au comportement visé. Il n'y a pas d'option par défaut en matière d'intervention. Chaque intervention doit être spécifique au contexte et choisie en fonction des objectifs visés et des ressources disponibles. Par exemple, l'éducation et l'influence sociale sont plus appropriées lorsque vous cherchez à changer des comportements spécifiques, tels que l’achat de viande, ou privés, tels que la prise de douche trop longue. A l’inverse, renforcer le lien social sera plus efficace si votre but est d’influencer un ensemble de comportements, comme encourager un mode de consommation alimentaire durable. N'oubliez pas que toutes les interventions décrites peuvent également être utilisées de manière complémentaire. Par exemple, commencez une campagne en faisant appel à un individu charismatique qui aura de l’influence, puis utilisez des outils d’éducation et de sensibilisation pour faire perdurer ses effets.

  3. Utiliser un procédé rigoureux : Utilisez un groupe témoin et pré-testez votre intervention sur de petits échantillons. Les outils de mesure doivent être clairement définis car ils peuvent s'avérer utiles afin d'anticiper les impacts environnementaux d’un comportement à long terme. En tant que consultants, il est essentiel de travailler vers une reproduction à grande échelle des interventions réussies, surtout quand celles-ci ont des effets bénéfiques sur l’environnement.

  4. Pensez sur le long terme et évaluez régulièrement l'impact de votre intervention. Cela vous permettra de fournir des stimuli pour renforcer certains comportements au besoin. Nombre d’études se concentrent sur la phase initiale du changement de comportement, mais n’évaluent pas l'évolution de ces comportements au fil du temps. Étudier les effets à long terme d'une intervention peut être coûteux et compliqué à mettre en place mais l'obtention de ces informations aidera universitaires, consultants et organisations à identifier les outils les plus efficaces pour afin de promouvoir les comportements environnementaux à plus grande échelle.

Pour conclure :

Il est important de noter que les interventions examinées, pour la plupart venant de revues scientifiques, sont victimes d’un biais de publication — biais qui incite revues et journaux à favoriser la publication d’études réussies. Des recherches sont encore nécessaires pour évaluer l'impact, surtout à long terme, de chacun des outils présentés ici.

Cet article illustre que la recherche sur les comportements environnementaux, comme bon nombre d’études à ce jour, a tendance à se concentrer sur des populations blanches, instruites, venant de pays industrialisés, riches et démocratiques. 73% des études examinées ont été menées en Europe et en Amérique et seulement 2 % en Afrique, 7% en Asie, et 3% en Océanie. L’impact des changements individuels sur la planète ne sera bénéfique que si les comportements écologiques sont encouragés à travers le monde et adaptés à tous.

Référence :

Grilli G. & Curtis, J. (2021) Encouraging pro-environmental behaviours: A review of methods and approaches. Renewable and Sustainable Energy Reviews, 135, pp. 1-14.